Calamity Jane. Que d'images associées à ce nom!
Une femme qui s'habille comme un homme, qui jure, qui boit et qui crache! Des cows-boys sans peur et sans scrupules, des règlement de comptes au coucher du soleil, des indiens, des caravanes, des diligences et des hold-up dans les banques...
On a tous dans la tête une représentation de ce monde légendaire, le Far West, et de ses héros, largement véhiculée entre autres par la littérature et le cinéma.
C'est précisément pour ça que les « lettres à sa fille » surprennent. C'est l'envers du décor. On y découvre une autre Calamity Jane, femme, mère, souffrant de sa solitude, pleine de tendresse, de haine, de regrets et de culpabilité.
L'écriture est simple, naïve. Si par moment on sent que l'auteur cherche des tournures plus littéraires, on dirait la plupart du temps qu'elle écrit comme elle parle, passant subitement d'une idée à l'autre et probablement sans relecture (il lui arrive à plusieurs reprises de se contredire).
On peut s'intéresser à l'origine de ces lettres...
Femme d'action, elle tente de se raconter, de donner sa propre version d'elle-même, démentant, à tort ou à raison, les rumeurs qui courent sur elle (prostituée, alcoolique ou encore analphabète). Ecrivant probablement le soir, quand elle se retrouve « seule dans sa cabane », elle s'adresse à sa fille comme pour se décharger des émotions que son rôle de fière-à- bras l'oblige à cacher. Les lettres sont toutes très différentes, de longueur et de contenu. Elle y décrit des événements quotidiens (des histoires d'indiens, de bagarres dans des saloons, la mort de son cheval...). Elle se souvient, ou alors réécrit sa vie avec Wild Bill. Elle exprime les sentiments qui la traversent: la haine des gens qui médisent sur elle, principalement les femmes, le sentiment de solitude, de culpabilité et de regret, beaucoup de déceptions mais aussi de l'amour pour sa fille et de la gratitude envers Jim O'Neil, le père adoptif, ainsi que pour les amis qu'elle peut avoir... Et c'est avec un enthousiasme presque enfantin qu'elle rédige ses recettes de cuisine ou encore qu'elle détaille son numéro dans le spectacle de Buffalo Bill qui réunit des « stars » de l'Ouest.
Comment faire résonner ce texte dans toute sa diversité et sa richesse? Comment éviter de faire quelque chose de trop catégorique ou de trop étriqué?
Jeanne Durussel ne prétend pas savoir qui était Martha Jane Canary, dite Calamity Jane, et encore moins l'incarner sur scène. Une des grandes ambitions de ce spectacle est de faire entendre ces lettres, mais sans pour autant résoudre le mystère qui les entoure.
Ce spectacle a été joué au théâtre de La Voirie à Pully du 6 au 10 mai 2009.
| Lettres à sa fille, c'est | |
| Mise en scène | Compagnie de La Bulle |
| Jeu | Jeanne Durussel |
| Contrebasse | Xavier Agnès |
| Lumières | Ateliers l'arrière-scène |
| Regard extérieur | Nicolas Frey |


